Les 5 Étapes de la Tokénisation

Les 5 Étapes de la Tokénisation

Pour garder une vision simple de la tokénisation immobilière, retiens ce cadre :

  • P – Propriété fractionnée
  • I – Immédiat et instantané
  • È – Écosystème réglementé
  • C – Chaîne de confiance
  • E – Économie décuplée

Les sections qui suivent détaillent chacune de ces dimensions à travers les 5 étapes concrètes d’un projet de tokénisation.

Encadrer juridiquement l’actif

On ne « met pas un immeuble sur la blockchain ».

La première étape consiste à bâtir un cadre juridique propre :

  • création d’une société dédiée (SPV – Special Purpose Vehicle) qui détient l’immeuble
  • transfert de la propriété du bien dans cette SPV
  • définition précise des droits économiques et juridiques qui seront reliés aux futurs tokens

Dans un montage sérieux, cette étape repose sur des documents clairs et accessibles :

  • statuts de la SPV
  • pactes ou conventions d’actionnaires
  • conditions générales de l’offre
  • contrats qui décrivent exactement ce que possède un détenteur de tokens

Sans cette base, on n’est pas dans l’investissement. On reste dans la promesse marketing.

Ici, la propriété fractionnée n’est possible que parce que la SPV, les droits qu’elle porte et les contrats qui la régissent sont bétonnés. Fractionner un actif mal encadré, c’est juste fractionner le risque.

Concevoir la structure des tokens

Une fois la SPV en place, il faut décider comment la propriété va être découpée en parts numériques.

Questions clés :

  • combien de tokens seront émis (par exemple 1 000 000 de tokens à 1 euro)
  • quel type de token est utilisé (dans la plupart des cas, un security token régulé)
  • quels droits précis sont attachés à chaque token :
    • part des revenus (loyers nets)
    • part de la valeur en cas de revente
    • droits d’information
    • éventuellement droits de vote

La documentation doit aussi préciser :

  • comment sont calculés les revenus distribuables
  • dans quel ordre sont payés banque, prestataires et investisseurs
  • comment sont gérées les situations de défaut, de travaux lourds, de vacance longue

Un token immobilier crédible est avant tout un contrat lisible, pas une jolie interface.

C’est ici que la propriété fractionnée prend une forme concrète : chaque token porte une part explicite de cash-flows et de droits. Et c’est ce design qui, plus tard, permettra des entrées et sorties instantanées sans renégocier chaque fois un paquet de papier.

Mettre en place la couche blockchain et les smart contracts

Quand la structure juridique et le design des tokens sont définis, on passe à la couche technique.

Les projets robustes s’appuient sur :

  • un standard de tokénisation conforme, par exemple ERC‑3643 ou ERC‑1400
  • des mécanismes intégrés de KYC/AML et de restriction par pays ou par type d’investisseur
  • un smart contract qui encode clairement :
    • le nombre total de tokens
    • les règles de transfert autorisé
    • les modalités de distribution des revenus

Exemples de fonctions codées dans un smart contract sérieux :

  • seuls les investisseurs vérifiés (whitelist) peuvent recevoir ou transférer des tokens
  • les transferts vers certaines juridictions sont bloqués
  • les distributions de loyers sont calculées et déclenchées selon des règles connues à l’avance

La technologie ne remplace pas le droit, elle l’exécute. Si le modèle ou le code est mauvais, le système appliquera quand même les mauvaises règles. Sur de l’argent réel.

C’est cette couche qui transforme un simple jeton en actif inscrit dans un écosystème réglementé et traçable. La blockchain fournit la chaîne de confiance : supply vérifiable, historique des transferts, contrôle fin de qui peut entrer et sortir.

Organiser la souscription et la vie du projet

Une fois les tokens en place, commence la phase de vie opérationnelle.

Souscription des investisseurs :

  • mise en place d’un processus KYC/AML complet
  • validation des profils (pays, statut retail ou professionnel, plafond d’investissement)
  • souscription des tokens contre monnaie fiat ou stablecoins, via une plateforme régulée

Exploitation de l’immeuble :

  • perception des loyers et autres revenus
  • paiement des charges, taxes et frais d’exploitation
  • calcul du revenu net distribuable

Distribution et reporting :

  • distribution périodique aux détenteurs de tokens, au prorata de leurs parts
  • reporting régulier sur l’occupation, les travaux, la performance financière

Sans reporting structuré, même la meilleure architecture blockchain devient rapidement illisible pour l’investisseur.

C’est ici que la promesse « immédiat et instantané » se matérialise : souscription simplifiée, flux automatisés, distributions programmées. Mais cette vitesse ne vaut quelque chose que parce qu’elle reste enchâssée dans un écosystème réglementé cohérent.

Gérer la sortie et la liquidité

Un investissement tokénisé doit être pensé dès le départ en termes de sortie.

Deux grands scénarios existent :

  • vente des tokens sur un marché secondaire réglementé
  • vente de l’immeuble par la SPV, puis répartition du produit entre les détenteurs de tokens

Marché secondaire :

  • possibilité de revendre une partie de ses tokens
  • ajustement progressif de l’exposition
  • liquidité qui reste conditionnée à la présence d’acheteurs, mais souvent meilleure qu’une cession d’immeuble entier

Vente de l’actif :

  • décision de cession prise selon les règles de gouvernance définies
  • vente de l’immeuble
  • remboursement des dettes éventuelles
  • distribution du solde aux porteurs de tokens, selon leur pourcentage de détention

Dans les deux cas, tout repose sur un triptyque clair :

  • l’actif réel
  • la SPV ou le véhicule qui le détient
  • les tokens qui représentent les droits des investisseurs

Si l’un des trois maillons est flou, le risque réel explose, même si le marketing est séduisant.

C’est là que se joue l’économie décuplée : la possibilité de faire vivre un marché secondaire 24/7, de réallouer du capital plus vite. À condition que la chaîne de confiance (actif – SPV – token – marché) reste intacte, lisible et auditée.

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